Guide complet

Prix de revient en boulangerie : le calcul pas à pas, avec l’exemple d’une baguette

Réponse rapide : additionnez quatre blocs pour une pièce : le coût des matières premières (farine, eau, sel, levure, beurre…), le coût du temps de travail (minutes passées × coût de la minute), une part des frais fixes du mois (loyer, énergie, assurances, abonnements) et une part des invendus. Vous obtenez le prix de revient hors taxes. Ajoutez votre marge, puis la TVA applicable au produit : c’est votre prix de vente affiché.

Combien vous coûte vraiment une baguette, un croissant, une tarte aux pommes ? Beaucoup de boulangers fixent leurs prix en regardant ceux du voisin, puis découvrent en fin d’année que certains produits ne rapportent rien. Voici une méthode simple en quatre blocs, un exemple chiffré complet et un tableau à recopier pour chaque produit.

À retenir

  • Prix de revient = matières premières + minutes de travail + part des frais fixes + part des invendus.
  • Calculez votre coût de la minute de travail une fois par an : c’est souvent le bloc le plus sous-estimé.
  • Les viennoiseries au beurre et les pâtisseries n’ont pas le même coefficient que le pain : calculez-les à part.
  • Refaites le calcul à chaque hausse de la farine, du beurre ou de l’énergie, avant de toucher à l’affichage.
Mis à jour le 9 min de lecture Par l’équipe Voxtya

Comment calculer le prix de revient d’un produit de boulangerie ?

Le prix du pain est libre : chaque boulanger fixe le sien. C’est une liberté, mais aussi une responsabilité, car personne ne vous dira si votre prix couvre vos coûts. Le calcul ci-dessous prend une heure la première fois, puis quelques minutes à chaque mise à jour.

Prenez une feuille ou un tableur, vos dernières factures de matières premières, votre bilan ou vos relevés de charges du mois, et suivez les étapes. Tous les montants de ce guide sont des exemples : remplacez-les par les vôtres.

Bloc 1 : le coût des matières premières

On part de la recette de production, pas d’une seule pièce. Prenons une fournée de baguettes avec une recette d’exemple :

IngrédientQuantitéPrix d’achat (exemple)Coût
Farine10 kg0,90 € le kg9,00 €
Sel0,2 kg0,50 € le kg0,10 €
Levure0,1 kg4,00 € le kg0,40 €
Eau6,5 Lnégligeable0,02 €
Total de la fournée9,52 €

Cette pâte pèse environ 16,8 kg. Avec des pâtons de 300 g, vous obtenez 56 baguettes. Coût matière d’une baguette : 9,52 € ÷ 56 = 0,17 €.

  • Prenez le prix de votre dernière facture, livraison comprise
  • Comptez les pertes de pesée et la pâte jetée (ajoutez-les à la recette ou retirez des pièces)
  • Pour la dorure, le sucre, les graines, comptez même les petites quantités : sur les viennoiseries, elles comptent
  • Pour les produits achetés tout faits (crème, pâte à tartiner, décors), comptez le prix par gramme utilisé

Outil gratuit, sans inscription

Calculateur d’avis Google

Des clients qui acceptent vos prix parce qu’ils lisent de bons avis : calculez combien d’avis 5 étoiles il vous faut pour atteindre votre note cible.

Faire le calcul

Bloc 2 : le coût du travail, à la minute

C’est le bloc qu’on oublie le plus, surtout quand on travaille seul et qu’on ne se verse pas de vrai salaire. Pourtant, une baguette façonnée à la main coûte des minutes, et ces minutes ont un prix.

Calculer le coût de la minute

Exemple : un ouvrier boulanger coûte à l’entreprise 3 000 € par mois, charges comprises, pour 151,67 heures payées. Coût horaire : 3 000 ÷ 151,67 = 19,78 € de l’heure, soit 0,33 € la minute. Si vous êtes seul, mettez le salaire que vous voulez vous verser, charges comprises : votre temps n’est pas gratuit.

Mesurer le temps passé

Chronométrez une fournée entière : pesée, pétrissage (temps de surveillance), division, façonnage, enfournement, défournement. Exemple : 75 minutes de travail effectif pour les 56 baguettes, soit 1,34 minute par baguette.

Coût du travail par baguette : 1,34 × 0,33 = 0,44 €.

Ne comptez que le temps de travail réel, pas les temps de pousse où vous faites autre chose. En revanche, comptez le temps de vente en boutique dans les frais fixes (bloc 3) si vous avez une vendeuse.

Bloc 3 : la part des frais fixes

Les frais fixes tombent chaque mois, que vous vendiez beaucoup ou peu : loyer, énergie, assurance, entretien du four, comptable, banque, salaire de la vente, emballages, abonnements. On les répartit sur toutes les pièces vendues dans le mois.

Frais fixe (exemple mensuel)Montant
Loyer et charges1 800 €
Électricité et gaz1 400 €
Vendeuse à temps partiel1 600 €
Assurances, comptable, banque, entretien700 €
Emballages et divers500 €
Total6 000 €

Si la boutique vend 20 000 pièces par mois (pains, viennoiseries, pâtisseries confondus), la part de frais fixes par pièce est de 6 000 ÷ 20 000 = 0,30 €. C’est une simplification : une pâtisserie occupe plus de four et de vitrine qu’une ficelle. Si vous voulez affiner, répartissez au poids ou au temps de four. Mais même la version simple change déjà votre vision des prix.

Bloc 4 : les invendus

Chaque soir, il reste du pain. Ces pièces ont coûté matière, travail et frais fixes, mais n’ont rien rapporté. Leur coût doit être porté par les pièces vendues.

Exemple : vous produisez 56 baguettes et en vendez en moyenne 52. Le coût des 4 invendues (4 × (0,17 + 0,44 + 0,30) = 3,64 €) se répartit sur les 52 vendues, soit 0,07 € par baguette.

  • Notez les invendus par produit pendant deux semaines avant de calculer
  • Distinguez les jours : le lundi n’est pas le samedi
  • Si un produit a plus de 15 % d’invendus, réduisez la production avant d’augmenter le prix
  • Les invendus transformés (chapelure, pain perdu, croûtons) récupèrent une partie de la perte

Du prix de revient au prix de vente affiché

On additionne les quatre blocs de notre baguette d’exemple :

BlocPar baguette
Matières premières0,17 €
Travail0,44 €
Frais fixes0,30 €
Invendus0,07 €
Prix de revient hors taxes0,98 €

Ajoutez ensuite votre marge : c’est elle qui finance les investissements (un four à remplacer), les mauvais mois et la rémunération de l’entreprise. Avec 20 % de marge sur le prix de revient : 0,98 × 1,20 = 1,18 € hors taxes.

Enfin, ajoutez la TVA : prix TTC = prix HT × (1 + taux). Le taux dépend du produit (pain à emporter, sandwich à consommer tout de suite, boisson) : faites confirmer chaque taux par votre comptable. Arrondissez ensuite à un prix lisible pour le client.

Le résultat surprend souvent : avec ces exemples, une baguette vendue moins de 0,98 € hors taxes ferait perdre de l’argent à chaque pièce, et sous 1,18 € hors taxes elle ne financerait ni le prochain four ni les mauvais mois. Vos propres chiffres peuvent être très différents : c’est justement pour cela qu’il faut les calculer.

Combien faut-il vendre par jour ? Le seuil de rentabilité

Le prix de revient répond à « combien coûte une pièce ». Le seuil de rentabilité répond à l’autre question qui empêche de dormir : « combien dois-je vendre pour ne pas perdre d’argent ? ».

Le calcul : frais fixes du mois ÷ marge sur coûts variables par pièce. La marge sur coûts variables, c’est le prix de vente HT moins ce qui varie avec chaque pièce (matières, travail de production si vos boulangers sont payés à l’heure produite, emballage).

Exemple simplifié : frais fixes de 6 000 € par mois ; une pièce moyenne vendue 1,30 € HT pour 0,65 € de coûts variables, soit 0,65 € de marge. Seuil : 6 000 ÷ 0,65 = 9 231 pièces par mois, soit environ 355 pièces par jour sur 26 jours d’ouverture.

  • Comparez ce chiffre à vos ventes réelles de la caisse, jour par jour
  • Si vous êtes sous le seuil, travaillez d’abord les jours faibles (offre du lundi, horaires, produits du soir)
  • Une hausse de quelques centimes sur les produits les plus vendus abaisse beaucoup le seuil
  • Refaites le calcul quand le loyer ou l’énergie change

Ce chiffre aide aussi à décider d’un investissement : un nouveau four qui coûte 500 € par mois de remboursement ajoute 500 ÷ 0,65 = 770 pièces à vendre chaque mois.

Viennoiseries et pâtisseries : un autre calcul

Le pain coûte surtout du travail et des frais fixes. Les viennoiseries et les pâtisseries coûtent beaucoup plus en matières : beurre, œufs, chocolat, fruits. Il faut donc les calculer à part, avec la même méthode.

Exemple pour un croissant au beurre (montants d’exemple) : matières 0,28 € (dont l’essentiel en beurre), travail 0,25 €, frais fixes 0,30 €, invendus 0,05 € ; prix de revient 0,88 € HT.

Le coefficient, pour vérifier vite

Le coefficient multiplicateur, c’est le prix de vente HT divisé par le coût matière. Il sert de contrôle rapide, pas de méthode de calcul : deux produits au même coefficient peuvent avoir des temps de travail très différents.

Produit (exemple)Coût matièrePrix de vente HTCoefficient
Baguette0,17 €1,18 €6,9
Croissant0,28 €1,10 €3,9
Tarte aux pommes (6 parts)3,20 €15,00 €4,7

Si un produit a un coefficient nettement plus bas que les autres de la même famille, regardez-le en premier : soit son prix est trop bas, soit sa recette coûte trop cher.

Quand refaire le calcul, et comment augmenter ses prix

Refaites le calcul :

  • à chaque hausse notable de la farine, du beurre ou de l’énergie ;
  • une fois par an, avec le nouveau coût des salaires et du loyer ;
  • quand vous lancez un nouveau produit ;
  • quand un produit a beaucoup d’invendus.

Puis, si une hausse s’impose :

  1. Changez d’abord l’affichage (affiche « Prix du pain », vitrine, étiquettes : voir l’affichage obligatoire en boulangerie), puis la caisse.
  2. Prévenez simplement vos habitués : un mot à la caisse et un petit panneau suffisent.
  3. N’appelez jamais « promotion » un prix qui n’a pas vraiment été plus haut avant : c’est une pratique commerciale trompeuse.

Pour les mots à employer, voyez annoncer une hausse de prix à ses clients. Une clientèle fidèle accepte mieux une hausse expliquée, et les avis Google récents qui parlent de la qualité de votre pain rassurent les nouveaux clients sur le prix.

Fiche produit — [nom du produit]
Recette pour [nombre] pièces : coût matière [montant] € → [montant] € par pièce
Temps de travail : [minutes] min pour la fournée → [minutes] min par pièce × [coût minute] € = [montant] €
Frais fixes par pièce : [montant] €
Invendus : [montant] €
Prix de revient HT : [total] € — Marge : [taux] % — Prix HT : [montant] € — TVA [taux] % — Prix TTC affiché : [montant] €
Date du calcul : [date]

Les étapes, en résumé

La méthode en quatre blocs pour calculer le prix de revient puis le prix de vente d’un pain ou d’une viennoiserie.

  1. Chiffrer la recette. Coût de chaque ingrédient de la fournée, divisé par le nombre de pièces.
  2. Chiffrer le travail. Minutes de travail effectif par pièce × coût de la minute (salaire chargé ÷ heures payées ÷ 60).
  3. Répartir les frais fixes. Frais fixes du mois ÷ nombre de pièces vendues dans le mois.
  4. Ajouter les invendus. Coût des pièces invendues réparti sur les pièces vendues.
  5. Fixer le prix de vente. Prix de revient + marge = prix HT, puis TVA applicable et arrondi lisible.

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Pour aller plus loin

Sources

Les règles citées dans ce guide viennent de ces pages officielles, consultées le 28 octobre 2026.

Comment calculer le prix de revient d’une baguette ?
Additionnez le coût des ingrédients par baguette, le coût du temps de travail (minutes × coût de la minute), une part des frais fixes du mois et une part des invendus. Le total est le prix de revient hors taxes.
Le prix du pain est-il fixé par la loi ?
Non. Chaque boulanger fixe librement ses prix. En revanche, leur affichage en euros toutes taxes comprises est encadré.
Quel coefficient appliquer en boulangerie ?
Il n’y a pas de coefficient unique : il dépend du produit. Le coefficient (prix de vente HT ÷ coût matière) sert surtout à repérer un produit anormalement bas par rapport aux autres de sa famille. Calculez le vrai prix de revient pour décider.
Comment compter mon propre temps si je ne me verse pas de salaire ?
Mettez le salaire que vous voulez vous verser, charges comprises, et divisez-le par vos heures de travail. Si vous ne comptez pas votre temps, vos prix ne vous permettront jamais de vous payer.
Faut-il inclure les invendus dans le prix ?
Oui. Les pièces invendues ont coûté matière, travail et frais fixes. Leur coût est réparti sur les pièces vendues. Réduire la production d’un produit trop souvent invendu est souvent plus efficace qu’augmenter son prix.
Quel taux de TVA appliquer ?
Le taux dépend du produit et de la façon dont il est vendu (pain à emporter, sandwich à consommer tout de suite, boisson). Faites confirmer chaque taux par votre expert-comptable avant d’afficher vos prix.
À quelle fréquence recalculer ses prix ?
À chaque hausse notable d’une matière première ou de l’énergie, une fois par an pour les salaires et le loyer, et à chaque nouveau produit.
Comment augmenter ses prix sans perdre de clients ?
Expliquez simplement la raison, changez l’affichage avant la caisse, et misez sur ce qui fait votre différence : pain fait sur place, qualité des farines, accueil. Les habitués acceptent mieux une hausse expliquée.
Peut-on annoncer une promotion sur le pain ?
Oui, à condition que le prix de référence soit un vrai prix pratiqué avant. Présenter son prix habituel comme une offre spéciale est une pratique commerciale trompeuse.
Faut-il calculer chaque produit séparément ?
Oui pour les produits principaux. Pour les petites références, regroupez-les par famille, mais calculez à part les viennoiseries au beurre et les pâtisseries, dont le coût matière est bien plus élevé.
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