Comment calculer son taux horaire quand on est artisan ?
Un taux horaire trop bas ne se voit pas tout de suite : le carnet de commandes est plein, les clients sont contents. Le problème apparaît quand le véhicule tombe en panne, quand l’assurance augmente ou quand vous tombez malade une semaine. Un taux bien calculé, lui, paie votre travail, vos outils, vos imprévus et vos congés.
La méthode ci-dessous vaut pour tous les artisans qui facturent du temps : plombier, électricien, menuisier, peintre, carreleur, serrurier, paysagiste, dépanneur. Elle se fait avec une calculatrice et une heure de calme, idéalement avec vos relevés de l’année passée sous les yeux.
Étape 1 : fixer le revenu que vous voulez vous verser
Partez de votre vie, pas de votre métier. Combien vous faut-il chaque mois pour payer votre logement, vos dépenses courantes, mettre un peu de côté ? C’est votre revenu net visé, avant impôt sur le revenu.
Dans notre exemple, Karim est plombier chauffagiste en micro-entreprise. Il vise 2 400 € par mois, soit 28 800 € par an.
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Un bon taux horaire ne sert à rien sans demandes : vérifiez en une minute ce que voient les clients qui cherchent votre métier dans votre ville.
Étape 2 : lister tous vos frais professionnels de l’année
Reprenez vos relevés bancaires des douze derniers mois et listez tout ce que l’activité vous coûte, hors fournitures refacturées aux clients. Voici la liste de Karim (montants d’exemple, à remplacer par les vôtres) :
| Poste | Montant annuel (exemple) |
|---|---|
| Assurances (décennale, responsabilité civile professionnelle) | 2 000 € |
| Véhicule (crédit ou location, carburant, entretien, assurance, péages) | 6 000 € |
| Outillage (achat, renouvellement, réparation) | 1 500 € |
| Téléphone, internet, logiciel de devis et factures, comptable | 1 200 € |
| Site internet, cartes de visite, publicité | 600 € |
| Formation, habilitations, vêtements de travail | 400 € |
| Total | 11 700 € |
Les oublis les plus fréquents : les petites fournitures non refacturées (joints, chevilles, consommables), les frais bancaires, la cotisation foncière des entreprises, le remplacement d’un gros outil tous les trois ou quatre ans (divisez son prix par sa durée de vie et ajoutez la part de l’année).
Étape 3 : ajouter vos cotisations sociales
Le calcul dépend de votre statut :
- Micro-entreprise : les cotisations sont un pourcentage du chiffre d’affaires encaissé. Pour les prestations de services artisanales et commerciales (BIC), le taux est de 21,2 % en 2026 (22,9 % avec le versement libératoire de l’impôt), selon Service Public Entreprendre et l’Urssaf. Les ventes de marchandises relèvent d’un autre taux (12,3 %).
- Entreprise individuelle au réel, EURL, SASU : les cotisations dépendent du bénéfice ou de la rémunération, et les frais se déduisent. Demandez à votre comptable votre taux de charges réel de l’année passée et utilisez-le dans la formule.
En micro-entreprise, comme les cotisations se prennent sur le chiffre d’affaires, il faut faire le calcul « à l’envers » :
Chiffre d’affaires nécessaire = (revenu visé + frais) ÷ (1 − taux de cotisations)
Karim : (28 800 € + 11 700 €) ÷ (1 − 0,212) = 40 500 € ÷ 0,788 = 51 396 €
Vérification : 51 396 € × 21,2 % = 10 896 € de cotisations. 51 396 − 10 896 − 11 700 = 28 800 €. Le compte est bon.
Étape 4 : compter les heures vraiment facturables
C’est l’étape qui change tout. Une année ne compte pas 52 semaines de chantier, et une journée ne compte pas 8 heures facturées.
Les jours travaillés
| Calcul | Jours |
|---|---|
| Jours dans l’année | 365 |
| Moins les week-ends | − 104 |
| Moins 5 semaines de congés | − 25 |
| Moins les jours fériés (environ) | − 8 |
| Moins maladie, formation, intempéries (prudence) | − 10 |
| Jours travaillés | 218 |
Les heures facturables par jour
Sur une journée de 8 heures, Karim passe du temps à se déplacer entre deux clients, chercher du matériel chez le fournisseur, faire les devis, répondre au téléphone, faire ses factures. Notez pendant deux semaines ce que vous faites vraiment : beaucoup d’artisans découvrent qu’ils facturent nettement moins que ce qu’ils pensaient. Karim retient 4,8 heures facturables par jour (60 % de sa journée).
218 jours × 4,8 heures = 1 046 heures facturables par an.
Étape 5 : le calcul final, et ce qu’il change
Taux horaire = chiffre d’affaires nécessaire ÷ heures facturables
Karim : 51 396 € ÷ 1 046 h = 49,13 € de l’heure
Voici comment ce taux bouge selon les heures que vous facturez vraiment, pour le même revenu et les mêmes frais :
| Heures facturables par an | Taux horaire nécessaire |
|---|---|
| 900 h (environ 4,1 h par jour) | 57,11 € |
| 1 046 h (4,8 h par jour) | 49,13 € |
| 1 200 h (5,5 h par jour) | 42,83 € |
| 1 400 h (6,4 h par jour) | 36,71 € |
Ce tableau montre une chose importante : réduire le temps perdu rapporte autant qu’augmenter ses prix. Des devis plus rapides, des tournées mieux organisées, moins d’allers-retours chez le fournisseur, et le même revenu se gagne avec un taux plus bas.
Si vous êtes redevable de la TVA, ce taux s’entend hors taxe : ajoutez la TVA au taux applicable à vos travaux sur le devis. En franchise de TVA, c’est le prix que paie le client.
Fournitures, déplacements, urgences : les autres lignes du devis
Le taux horaire ne paie que votre temps. Le reste se facture à part, de façon claire :
- Fournitures : prix d’achat plus une marge qui couvre le temps passé à les choisir, les transporter, les stocker et le risque de casse ou de retour. Affichez votre méthode si un client la demande.
- Déplacement : un forfait par intervention, éventuellement par zone (commune, 10 km, 20 km).
- Urgence, soir, week-end : une majoration annoncée à l’avance, sur le devis ou dès l’appel.
- Petite intervention : un minimum facturé (par exemple une heure) évite de perdre de l’argent sur un dépannage de vingt minutes à l’autre bout de la ville.
Pour la forme du devis lui-même (mentions obligatoires, durée de validité, conditions de paiement), voyez notre guide mentions obligatoires d’un devis. Et si votre nouveau taux est plus élevé que l’ancien, le guide annoncer une hausse de prix donne les messages à envoyer à vos clients habituels.
Comparer avec les prix du marché sans se brader
Une fois votre taux calculé, regardez ce qui se pratique autour de vous : devis que des clients vous montrent, prix affichés par des confrères, discussions avec votre fournisseur ou votre chambre de métiers. Trois cas :
| Votre taux calculé est… | Ce qu’il faut faire |
|---|---|
| Proche du marché | Appliquez-le. Vous êtes dans la norme et vous couvrez vos coûts. |
| Nettement au-dessus | Cherchez d’abord à gagner des heures facturables (organisation, déplacements, devis plus rapides) et vérifiez vos frais. Ensuite, justifiez la différence : disponibilité, délai, garantie, propreté du chantier, avis clients. |
| Nettement en dessous | Vous pouvez monter sans crainte : vous laissez de l’argent sur la table. Faites-le pour les nouveaux clients d’abord, puis pour les habitués avec un préavis. |
Un client qui compare deux devis ne regarde pas que le prix. Il regarde la clarté du devis, le délai de réponse et ce que disent les autres clients. Un artisan avec des dizaines d’avis Google récents et détaillés peut demander plus qu’un confrère inconnu, et il est rappelé plus souvent. Notre guide avis Google pour un artisan explique comment les obtenir sans y passer du temps.
Les erreurs à éviter
- Copier le taux d’un confrère qui n’a pas les mêmes frais (sans véhicule, sans local, sans salarié)
- Compter 8 heures facturables par jour
- Oublier les congés, les jours fériés et les jours de maladie
- Calculer les cotisations sur le revenu au lieu du chiffre d’affaires en micro-entreprise
- Ne jamais revoir son taux : les frais augmentent chaque année, le taux doit suivre
Le tableau à recopier pour faire votre propre calcul
Mon taux horaire [année]
1. Revenu net visé par mois : ______ € × 12 = ______ € (A)
2. Frais professionnels de l’année (assurances, véhicule, outillage, téléphone, comptable, publicité, formation, autres) : ______ € (B)
3. Taux de cotisations (micro BIC prestations : 0,212 ; sinon taux donné par mon comptable) : ______ (C)
4. Chiffre d’affaires nécessaire = (A + B) ÷ (1 − C) = ______ € (D)
5. Jours travaillés = 365 − week-ends − congés − fériés − marge maladie = ______ jours (E)
6. Heures facturables par jour (mesurées sur deux semaines) : ______ h (F)
7. Heures facturables par an = E × F = ______ h (G)
8. Taux horaire = D ÷ G = ______ € de l’heure (hors TVA si j’y suis soumis)
Refaites ce calcul chaque début d’année, et dès qu’un gros poste change : nouveau véhicule, embauche d’un apprenti, local, hausse d’assurance. Gardez la feuille avec vos papiers : c’est aussi un bon support pour discuter avec votre banquier ou votre comptable.
Les étapes, en résumé
La méthode en cinq étapes pour fixer un prix de l’heure qui couvre revenu, frais et cotisations.
- Fixer le revenu visé. Le revenu net que vous voulez vous verser sur l’année, avant impôt sur le revenu.
- Lister les frais. Assurances, véhicule, outillage, téléphone, comptable, publicité, formation : tout ce que l’activité coûte sur douze mois.
- Ajouter les cotisations. En micro-entreprise : chiffre d’affaires = (revenu + frais) ÷ (1 − 0,212) pour les prestations artisanales en 2026.
- Compter les heures facturables. Jours travaillés après congés, fériés et maladie, multipliés par les heures réellement facturées par jour.
- Diviser. Chiffre d’affaires nécessaire ÷ heures facturables = taux horaire, puis comparaison avec le marché.
Ce guide pour votre métier
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Pour aller plus loin
Sources
Les règles citées dans ce guide viennent de ces pages officielles, consultées le 28 octobre 2026.