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Rentabilité d’un restaurant : calculer son seuil et l’améliorer

Réponse rapide : un restaurant est rentable quand son chiffre d’affaires dépasse son seuil de rentabilité. Pour le calculer : 1) additionnez vos charges fixes du mois ; 2) calculez la part de chaque euro vendu qui part en charges variables (matières, emballages, commissions) ; 3) divisez vos charges fixes par ce qui reste, le taux de marge sur coûts variables. Divisez ensuite le résultat par votre ticket moyen : vous obtenez le nombre de couverts à faire chaque mois pour ne pas perdre d’argent.

Un restaurant plein n’est pas forcément un restaurant rentable. Pour savoir où vous en êtes, il faut quelques chiffres simples : vos charges fixes, vos charges variables, votre seuil de rentabilité et votre prime cost. Ce guide vous montre comment les calculer avec un exemple, comment lire votre compte de résultat et quels leviers actionner en premier.

À retenir

  • Séparez vos charges en deux : les charges fixes (loyer, salaires de base, assurances) et les charges variables (matières, emballages, frais de carte bancaire).
  • Seuil de rentabilité = charges fixes ÷ taux de marge sur coûts variables. Divisé par votre ticket moyen, il donne le nombre de couverts à faire.
  • Le prime cost (matières + personnel, en % du chiffre d’affaires) est le premier chiffre à suivre chaque mois.
  • Il n’existe pas de ratio idéal valable pour tous : fixez vos cibles à partir de vos comptes, avec votre expert-comptable.
  • Les leviers les plus rapides : le coût matière, le planning du personnel, le ticket moyen et le remplissage des services creux.
Mis à jour le 10 min de lecture Par l’équipe Voxtya

Comment savoir si un restaurant est rentable ?

Beaucoup de restaurateurs découvrent leur résultat une fois par an, quand le comptable présente le bilan. C’est trop tard pour corriger. Avec trois ou quatre chiffres suivis chaque mois, vous voyez venir les problèmes : un coût matière qui grimpe, un planning trop chargé pour le nombre de clients, un service du lundi qui coûte plus qu’il ne rapporte.

Ce guide fait partie de notre dossier Gérer un restaurant. Pour le coût matière d’un plat, le coefficient et la fiche technique, lisez notre guide dédié : calculer le coût matière et le prix d’un plat. Ici, on regarde le restaurant dans son ensemble.

Charges fixes et charges variables : comment les distinguer ?

Tout part de ce tri. Une charge fixe se paie que la salle soit pleine ou vide. Une charge variable augmente quand vous vendez plus. Prenez vos factures et vos relevés du dernier mois, et rangez chaque dépense dans l’une des deux colonnes.

Charges fixes (par mois)Charges variables (en % des ventes)
Loyer et charges locativesMatières premières (nourriture et boissons)
Salaires de base et cotisations de l’équipe permanenteEmballages de vente à emporter
Assurances, expert-comptable, abonnements (caisse, logiciels, site)Commissions des plateformes de livraison ou de réservation
Remboursement des emprunts, location du matérielFrais de paiement par carte bancaire
Énergie de base (chambres froides, éclairage)Heures d’extras payées seulement les jours de forte affluence

Certaines charges sont un peu des deux. L’énergie, par exemple : la chambre froide tourne tous les jours, mais les fours chauffent plus les soirs pleins. Ne cherchez pas la précision au centime. Rangez chaque charge là où elle pèse le plus, et gardez la même règle d’un mois sur l’autre pour pouvoir comparer.

Le taux de marge sur coûts variables

Une fois les charges variables connues, exprimez-les en pourcentage de votre chiffre d’affaires hors taxe. Si vos matières représentent 30 % des ventes et vos autres charges variables 5 %, il vous reste 65 % de chaque euro vendu pour payer les charges fixes, puis pour dégager un bénéfice. Ce 65 % s’appelle le taux de marge sur coûts variables. C’est le chiffre clé du calcul suivant.

Travaillez toujours hors taxe : la TVA encaissée sur vos ventes n’est pas à vous, elle est reversée à l’État.

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Comment calculer le seuil de rentabilité d’un restaurant ?

La formule tient en une ligne : seuil de rentabilité = charges fixes ÷ taux de marge sur coûts variables. Voici un exemple complet, avec un restaurant fictif et des chiffres inventés pour l’illustration.

ÉtapeCalculRésultat
Charges fixes du moisLoyer, salaires de base, assurances, emprunt…18 000 €
Charges variables30 % de matières + 5 % d’autres charges35 % du CA HT
Taux de marge sur coûts variables100 % − 35 %65 %
Seuil de rentabilité mensuel18 000 ÷ 0,6527 692 € HT
Ticket moyenChiffre d’affaires HT ÷ nombre de couverts25 € HT
Couverts à faire par mois27 692 ÷ 25environ 1 108
Couverts à faire par jour d’ouverture1 108 ÷ 26 joursenviron 43

Ce dernier chiffre est le plus parlant pour toute l’équipe : en dessous de 43 couverts par jour en moyenne, ce restaurant perd de l’argent ; au-dessus, chaque couvert supplémentaire laisse 16,25 € (25 € × 65 %) pour le bénéfice.

Le point mort : à quelle date êtes-vous rentable ?

Sur l’année, le même restaurant a 216 000 € de charges fixes, donc un seuil annuel de 332 308 €. S’il réalise 400 000 € de chiffre d’affaires répartis régulièrement, il dépasse son seuil vers le 303e jour de l’année, soit fin octobre. Tout ce qu’il vend ensuite est du bénéfice avant impôt. Si votre activité est saisonnière, faites le calcul mois par mois : un été très fort peut cacher un hiver déficitaire.

Refaites ce calcul à chaque changement important : nouveau loyer, embauche, hausse des prix fournisseurs, changement de carte. Un tableur suffit : une ligne par charge fixe, une cellule pour le taux de charges variables, et la formule fait le reste.

Qu’est-ce que le prime cost et pourquoi le suivre ?

Le prime cost additionne les deux plus gros postes d’un restaurant : le coût des matières consommées et le coût total du personnel (salaires, cotisations, extras). On l’exprime en pourcentage du chiffre d’affaires hors taxe.

Exemple fictif : sur un mois, 12 100 € de matières consommées et 14 500 € de coût du personnel, pour 38 000 € de chiffre d’affaires HT. Prime cost = (12 100 + 14 500) ÷ 38 000 = 70 %. Il reste donc 30 % pour le loyer, l’énergie, les assurances, les emprunts et le bénéfice.

Pourquoi ce chiffre plutôt qu’un autre ? Parce que ce sont les deux postes sur lesquels vous agissez chaque semaine : les commandes et les plannings. Un restaurant peut compenser un coût matière élevé par une équipe plus réduite (cuisine simple, peu de service à table), ou l’inverse (produits simples mais beaucoup de service). Le prime cost regarde l’ensemble.

Quelle cible viser ?

Vous lirez beaucoup de « normes » sur internet. Méfiez-vous : elles ne tiennent compte ni de votre loyer, ni de votre emplacement, ni de votre concept. La bonne cible, c’est celle qui laisse assez pour payer vos autres charges et dégager le bénéfice que vous visez. Calculez-la une fois avec votre expert-comptable, à partir de vos vrais comptes, puis suivez l’écart chaque mois.

Pour la partie matières, la méthode de suivi (inventaire, consommation réelle) est détaillée dans notre guide sur la gestion des stocks. Pour la partie personnel, voir le planning du personnel.

Comment lire le compte de résultat de son restaurant ?

Tout commerçant doit établir, à la fin de chaque exercice, des comptes annuels : un bilan, un compte de résultat et une annexe (article L123-12 du Code de commerce). Au régime réel simplifié, l’annexe n’est pas obligatoire. Votre expert-comptable les prépare, mais c’est à vous de savoir les lire. Le compte de résultat est le plus utile au quotidien.

  • Chiffre d’affaires : vos ventes hors taxe. Comparez-le à l’année précédente, mois par mois si possible.
  • Achats consommés : achats de marchandises corrigés de la variation de stock. Rapportés au chiffre d’affaires, ils donnent votre coût matière réel.
  • Charges externes : loyer, énergie, assurances, honoraires, abonnements, publicité. C’est souvent là que dorment les économies faciles.
  • Salaires et charges sociales : avec les achats consommés, ils forment votre prime cost.
  • Excédent brut d’exploitation (EBE) : ce que dégage l’activité avant les amortissements, les intérêts et l’impôt. C’est le chiffre que regardent les banques et les repreneurs.
  • Résultat net : ce qui reste vraiment à la fin.

Demandez à votre comptable une situation intermédiaire tous les trois ou six mois, ou mieux, un tableau de bord mensuel simple. Quelques lignes suffisent : chiffre d’affaires, nombre de couverts, ticket moyen, coût matière, coût du personnel, prime cost. Vous verrez tout de suite le mois qui dérape.

Voici un message à envoyer à votre expert-comptable pour démarrer :

Bonjour,

Je souhaite suivre la rentabilité du restaurant chaque mois. Pourriez-vous m’aider à calculer mon seuil de rentabilité à partir des comptes de l’an dernier, et me dire quel coût matière et quel coût du personnel je peux viser pour garder une marge correcte ?

J’aimerais aussi recevoir une situation intermédiaire tous les trimestres.

Merci, bonne journée.

Quels indicateurs suivre chaque semaine et chaque mois ?

Inutile de suivre vingt chiffres. Voici un tableau de bord simple, à remplir dans un cahier ou un tableur.

IndicateurFréquenceOù le trouver
Chiffre d’affaires HT et nombre de couvertsChaque jourTicket de clôture de la caisse
Ticket moyenChaque semaineCA HT ÷ couverts
Coût du personnel en heures et en eurosChaque semainePlanning et heures réelles
Coût matière réelChaque moisStock de début + achats − stock de fin, divisé par le CA HT
Prime costChaque mois(Matières + personnel) ÷ CA HT
Écart au seuil de rentabilitéChaque moisCA HT du mois − seuil mensuel
Note Google et nombre d’avisChaque moisVotre fiche Google

La dernière ligne peut surprendre dans un tableau financier. Pourtant, la note et les avis annoncent souvent les variations de fréquentation : une série d’avis sur l’attente ou sur un plat se voit sur Google avant de se voir dans la caisse.

Avec Voxtya : le service Visibilité & conseils relève chaque mois votre note et vos avis face à 3 à 5 concurrents que vous choisissez, et vous envoie un rapport avec trois actions concrètes à faire. Voir Visibilité & conseils

Quels leviers pour améliorer la rentabilité d’un restaurant ?

Il y a trois façons d’améliorer le résultat : vendre plus, gagner plus sur chaque vente, ou dépenser moins en charges fixes. Classez les leviers par effort et par effet.

1. Le coût matière

Dans notre exemple, faire passer les matières de 30 % à 28 % du chiffre d’affaires abaisse le seuil de 27 692 € à 26 866 € par mois. Revoyez d’abord les plats les plus vendus : fiche technique à jour, grammages respectés, pertes suivies. La méthode complète est dans le guide coût matière et prix d’un plat, et la construction d’une carte plus rentable dans créer la carte de son restaurant.

2. Le planning du personnel

Comparez les heures planifiées au nombre de couverts, service par service. Un service creux avec la même équipe qu’un service plein coûte cher. Adapter le planning aux réservations de la semaine est souvent le levier le plus rapide.

3. Le ticket moyen

Une boisson, une entrée à partager ou un dessert de plus par table change vite le résultat, sans charge fixe supplémentaire. Voir notre guide pour augmenter le ticket moyen.

4. Le remplissage des services creux

Dans l’exemple, chaque couvert au-dessus du seuil laisse 16,25 €. Deux couverts de plus par jour d’ouverture représentent 845 € de plus par mois. Une soirée à thème, un menu du midi bien visible sur Google ou un rappel à vos clients fidèles peuvent suffire.

5. Les charges fixes

Renégociez une fois par an vos contrats : assurances, énergie, abonnements, terminal de paiement. Faites la liste de tous les abonnements prélevés chaque mois : on en trouve souvent un ou deux qui ne servent plus.

  • Je connais mes charges fixes du mois.
  • Je connais mon taux de charges variables.
  • Je sais combien de couverts par jour il me faut pour être à l’équilibre.
  • Je suis mon prime cost chaque mois.
  • J’ai choisi un levier à travailler ce trimestre.

Le guide du restaurateur

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Pour aller plus loin

Sources

Les règles citées dans ce guide viennent de ces pages officielles, consultées le 28 octobre 2026.

Qu’est-ce que le seuil de rentabilité d’un restaurant ?
C’est le chiffre d’affaires hors taxe à partir duquel le restaurant couvre toutes ses charges, sans perte ni bénéfice. On le calcule en divisant les charges fixes par le taux de marge sur coûts variables.
Comment calculer le nombre de couverts nécessaires ?
Divisez votre seuil de rentabilité mensuel par votre ticket moyen hors taxe, puis par le nombre de jours d’ouverture. Vous obtenez le nombre moyen de couverts à faire chaque jour pour être à l’équilibre.
Qu’est-ce que le prime cost ?
C’est la somme du coût des matières consommées et du coût total du personnel, exprimée en pourcentage du chiffre d’affaires hors taxe. C’est l’indicateur le plus utile à suivre chaque mois en restauration.
Quel est le bon coût matière pour un restaurant ?
Il n’y a pas de chiffre valable pour tous. Le bon niveau dépend de vos autres charges, surtout du personnel et du loyer. Fixez votre cible avec votre expert-comptable à partir de vos comptes.
Quelle différence entre seuil de rentabilité et point mort ?
Le seuil de rentabilité est un montant de chiffre d’affaires. Le point mort est la date à laquelle ce montant est atteint dans l’année. Avec une activité saisonnière, calculez-le mois par mois.
Un restaurant plein peut-il perdre de l’argent ?
Oui, si le ticket moyen est trop bas, si le coût matière ou le personnel pèsent trop, ou si le loyer est trop élevé pour le nombre de places. C’est pour cela qu’il faut suivre la marge et pas seulement la fréquentation.
À quelle fréquence refaire le calcul ?
À chaque changement important (loyer, embauche, hausse des prix fournisseurs, nouvelle carte) et au moins une fois par an avec les comptes annuels. Le suivi du prime cost, lui, se fait chaque mois.
Quels documents comptables suis-je obligé de tenir ?
Le Code de commerce impose aux commerçants d’enregistrer leurs opérations, de faire un inventaire au moins tous les douze mois et d’établir des comptes annuels : bilan, compte de résultat et annexe. Au régime réel simplifié, l’annexe n’est pas obligatoire.
Faut-il un logiciel pour suivre sa rentabilité ?
Non. Un tableur avec quelques lignes suffit : chiffre d’affaires, couverts, ticket moyen, matières, personnel. Votre caisse et votre comptable fournissent déjà la plupart des chiffres.
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